La forêt de Sénart : chargée d’histoire

La forêt domaniale de Sénart s’étend sur 3 134 hectares, dont 66,11 hectares situés sur le territoire communal (parcelles : N°28 et N° 324 à 328). Véritable poumon vert, elle se caractérise par son sous-sol argileux à l’origine de ses 850 mares, dont 70 « singulières » qui impliquent une gestion adaptée et l’entretien d’un réseau de fossés creusés sous Louis XIV. Sa richesse historique, culturelle et écologique en fait un patrimoine d’exception. Elle est gérée par l’Office National des Forêts.

La forêt de Sénart est une relique de l’ancien arc boisé de l’Est parisien. Au IXe siècle, elle rejoignait la forêt de Fontainebleau et les bois de Vincennes, de Livry et de Bondy.

Occupée par l’homme dès le paléolithique, comme en témoignent les vestiges préhistoriques dont des menhirs extraits des gisements de grès stampien, la forêt de Sénart était illustre dans toute la Gaule antique. Elle faisait en effet partie de la vaste forêt des Carnutes célèbre pour ses druides qui venaient y chercher le gui qui poussait sur les chênes.

Elle a fait partie du domaine royal depuis Philippe le Bel en 1314 jusqu’à la Révolution française. Saint Louis aurait créé l’Ermitage Notre-Dame de Consolation. Peuplée de cerfs et de loups, la forêt de Sénart devint un des territoires de chasse favoris des Rois de France. C’est d’ailleurs à la chasse à courre qu’elle doit son aménagement par Louis XIV en carrefour d’où rayonnent des allées rectilignes. Cerfs et loups ont disparu, mais il n’est pas rare d’y croiser des sangliers ou des chevreuils.

Ce serait au cours d’une partie de chasse, durant l’été 1743, que le roi Louis XV y rencontra la future marquise de Pompadour : Jeanne-Antoinette Le Normant d’Étiolles, née Poisson. Son mari y possédait le château d’Étiolles ce qui lui donnait le droit d’assister à ces chasses. Informée par un des lieutenants de la vénerie royale, elle parvint à attirer l’attention de Louis XV et devint sa favorite durant une vingtaine d’années.

Louis XVI y fait établir des faisanderies. La Faisanderie de Sénart est aujourd’hui une structure d’initiation à la forêt. Propriété de l’ONF, elle propose des activités d’éducation à l’environnement en partenariat avec le conseil départemental de l’Essonne.

Jusqu’au XIXe siècle, la forêt sera exploitée par des bûcherons et des charbonniers. Des bergers faisaient paître leurs troupeaux dans les grandes plaines de bruyères dites « Les Uzelles » qui servaient aussi de carrière d’extraction des pierres meulières pour la construction.

En 1915, la forêt de Sénart fut intégrée au système défensif du Camp Retranché de Paris, sous le nom de « secteur de défense 5 bis » avec le projet d’une double ligne de fortifications réduite à une seule ligne entre Etiolles et Brunoy.

Il fut réalisé à la fin de l’été sous la forme d’une ligne discontinue de tranchées, dont le tracé en créneau est conçu pour éviter les tirs en enfilade lors d’assauts ennemis, et pour limiter l’impact d’un obus éclatant à l’intérieur (sources ONF).

La proximité de la nappe phréatique a conduit à surélever les tranchées afin de garantir la profondeur d’environ deux mètres nécessaire au mouvement des troupes.

L’histoire de la Forêt de Sénart est émaillée de faits divers restés célèbres, comme l’affaire du Courrier de Lyon ou celle de la Bande à Bonnot. La première date du 27 avril 1796, où l’on découvre la malle-poste Paris-Lyon abandonnée en forêt de Sénart, près du village de Vert-Saint-Denis. La diligence qui transportait plus de 7 millions d’assignats destinés à la solde des soldats de la campagne d’Italie fut attaquée près du lieu-dit de la Fontaine Ronde, sur la route de Lyon (l’actuelle RD 306).

Dans l’attaque, les deux convoyeurs furent tués. Après une enquête bâclée, un suspect, Joseph Lesurques, est déclaré coupable. Il est exécuté dès octobre 1796. Il est désormais avéré que Lesurques était sans doute innocent. Son histoire a été longuement contée et romancée.

La seconde histoire concerne le vol d’une limousine De Dion-Bouton par la Bande à Bonnot, le 25 mars 1912, à la sortie de Montgeron. Après avoir abattu le chauffeur et le propriétaire de la voiture (qui survivra finalement à ses blessures), la voiture servit au braquage de la Société générale à Chantilly, selon la technique mise au point par Bonnot qui savait que les gendarmes, ne disposant que de vélos et de chevaux, ne pouvaient le rattraper.

On ne peut pas quitter la forêt de Sénart sans évoquer les artistes qui y ont trouvé l’inspiration, comme l’écrivain Alphonse Daudet, le photographe Nadar ou le peintre Eugène Delacroix.

Après avoir quitté Paris à l’instauration de la Commune le 25 avril 1871, Alphonse Daudet s’installa jusqu’en 1897 à Champrosay, pour écrire ses contes et ses romans. Il fit l’acquisition en 1887 d’une maison où mourut son ami Edmond Huot de Goncourt, le 16 juillet 1896.

Le photographe Nadar, quant à lui, s’installa en 1887 dans un bâtiment de l’ancien ermitage Notre-Dame de Consolation qu’il aménagea en le prolongeant sur deux côtés, et en ajoutant un étage. Il y installe un atelier et y accueille des amis, dont sa voisine Julia Daudet, épouse d’Alphonse Daudet, qui évoqua l’Ermitage dans plusieurs de ses romans.

Autre artiste de la forêt de Sénart, Eugène Delacroix y réside à partir de l’été 1844. Durant ses années de maturité et de vieillesse, il peint la nature et s’inspire sans nul doute de la forêt de Sénart pour composer ses œuvres.